La relance sera-t-elle bioéconomique ?

Comment adapter l’économie à court terme et prévenir les crises à moyen-long terme ? C’est la question que se posent les gouvernements suite à la pandémie de COVID et la crise économique qui suit. La bioéconomie, l’économie du vivant, est une option stratégique pour décarboner et relocaliser la production, la transformation, la distribution et la valorisation des biens et services. Le gouvernement français souhaite transformer l’économie et créer de nouveaux emplois ; mais quelle est la place de la bioéconomie dans cette vision ? Concrètement, combien d’euros seront alloués aux secteurs qui concernent directement ou indirectement la bioéconomie ?

Le monde post-COVID : vers l’extension de la bioéconomie en UE ?

À l’échelle européenne, le programme européen BioMonitor rapporte les déclarations de chercheurs qui pensent que la période post-COVID est une opportunité pour le développement de la bioéconomie en Europe.

La pandémie de COVID est un défi de taille pour l’Union Européenne qui doit s’adapter très rapidement, mais la crise économique qui suit est un “grand test” (D. Zilberman, économiste à UC Berkeley). Pour démontrer sa capacité à construire un projet économique commun, l’UE doit pouvoir s’appuyer sur ses ressources naturelles ; étendre l’économie du vivant.

La bioéconomie européenne, qui représente 2 trillions d’euros de chiffre d’affaire annuel et emploie 18 millions de personnes, est une formidable opportunité de développement pour l’Union Européenne de par sa diversité d’acteurs et de territoires.

En effet, en basant leurs produits et services sur l’économie du vivant, les sociétés humaines organisent le retour au sol des matières organiques à moindre coût : cela signifie moins de matières difficiles à gérer et à traiter, soit une minimisation des risques de crises. Comme dit l’adage, “il vaut mieux prévenir que guérir” les diverses crises à venir, qu’elles soient d’ordre économique, énergétique, alimentaire, climatique ou sanitaire.

 « La pandémie restera avec nous, (…) le débat sur les réponses appropriées et les implications pour la bioéconomie doit continuer et continuera » conclue Justus Wesseler, coordinateur du programme.

Une stratégie de relance française qui repose sur l’écologie, la compétitivité et la cohésion.

Ainsi, 100 milliards d’euros dont 40 milliards d’euros de contributions européennes seront dépensées sur deux ans (2021 – 2022) et financées par différents instruments (lois de finances, PIA4, sécurité sociale).

De manière indirecte, une enveloppe de près de 7 milliards d’euros sera consacrée à la rénovation thermique. Les isolants biosourcés, qui entrent dans le champ de l’économie du vivant, sont aujourd’hui plus chers à produire mais sont très efficaces et moins dangereux pour la santé. Les filières pourraient être développées par ces investissements dans une vision à long terme de l’usage des matières.

Pour le développement des innovations et technologies vertes, il est prévu 3,4 milliards d’euros pour les énergies décarbonées (le recyclage, les produits biosourcés et les biotechnologies industrielles).

La transition agro écologique devrait bénéficier d’1 milliard d’euros, avec 100 millions d’euros consacrés aux protéines végétales, 300 millions d’euros pour le soutien aux agricultures biologique et à haute valeur environnementale (HVE), les circuits courts et les plans alimentaires territoriaux. Enfin, 300 millions d’euros seront consacrés à l’élevage et à la modernisation des abattoirs. De plus, une partie du budget de la mesure sur la relocalisation des industries stratégiques sera dédiée à l’agroalimentaire.

La biomasse sera mobilisée et protégée via différentes mesures : 200 millions d’euros seront disponible dès 2020 pour la décarbonation de l’industrie en substituant la biomasse aux énergies fossiles. Il y a également 200 millions d’euros prévu pour la filière forêt-bois qui permet de compenser 20% des émissions de gaz à effet de serre et 250 millions dédiés à la biodiversité et la prévention des risques.

Enfin, 100 millions d’euros seront dédiés au soutien à l’investissement en équipement pour faciliter le tri à la source, la collecte et la valorisation des biodéchets et 50 millions sont alloués à la pêche.

Ces mesures combinées (sans compter la rénovation thermique) montent l’enveloppe “bioéconomie” à 5,2 milliards d’euros sur les 30 milliards de la “transition écologique”. Reste à savoir dans quelle mesure les volets “compétitivité et innovation” et “cohésion sociale et territoriale” pourront bénéficier directement ou indirectement aux secteurs de la bioéconomie.

Les Pays de la Loire : un territoire d’expérimentation d’une relance bioéconomique ?

Le sujet de la bioéconomie est très présent en région Pays de la Loire :  le plan de relance régional (332 millions d’euros) fait la part belle à la croissance verte en y consacrant 100 millions d’euros. Les Pays de la Loire se fixent des objectifs ambitieux pour développer l’économie de proximité (agriculture, pêche), les énergies décarbonées et l’économie circulaire. De plus, la région est un territoire test de la démarche ConcerTO développée par l’ADEME et dédiée à la gestion territoriale de la biomasse.

Par ailleurs, elle est l’une des six régions européennes du projet BIOREGIO qui travaille depuis 2017 au développement des politiques publiques liées à la bioéconomie, circulaire et durable. Financé par le programme INTERREG Europe, et coordonné par l’Université des Sciences Appliquées de Lahti (Finlande), ce projet a déjà mené à la formalisation de six plans d’action régionaux, mis en œuvre en 2020-2021 (En savoir plus le plan d’action en Pays de la Loire).

 

Plus d’info sur le projet BIOREGIO : FR / ENG

6ème newsletter du projet BIOREGIO

6ème newsletter du projet BIOREGIO La sixième et dernière newsletter du projet BIOREGIO est maintenant disponible ! En francais In English Plus d’informations sur le projet BIOREGIO en français. More…